Nicaragua: la police s'en prend à des manifestants et des journalistes

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Managua (AFP)

Des policiers anti-émeutes s’en sont pris violemment samedi à Managua à plusieurs journalistes et à des dizaines d’opposants au gouvernement du président Daniel Ortega qui s’apprêtaient à manifester pour réclamer la libération de tous les “prisonniers politiques”, a constaté l’AFP.

Pourchassés par les forces de l’ordre, les manifestants et les journalistes venus couvrir le rassemblement, avaient trouvé refuge dans les locaux d’une banque, dans le sud de la capitale, lorsque les policiers ont pénétré sur le parking et ont fait usage de leurs armes.

“Ils attaquent l’édifice avec des gaz lacrymogène et ils tirent”, a témoigné un vidéaste de l’AFP, Luis Sequeira.

Ce dernier avait déjà été agressé une heure auparavant par des policiers qui lui ont volé son matériel et ont tenté de l’interpeller.

Peu après l’incident, qui n’a pas fait de blessé, les journalistes, dont des reporters de l’AFP, ont réussi à quitter les lieux, mais la zone était toujours bouclée par la police, ont-ils témoigné.

Selon l’opposition, au moins 30 personnes ont été interpellées pour avoir tenté de participer à la manifestation lancée à l’appel du bloc d’opposition Unidad Nacional Azul y Blanco (UNAB).

Parmi elles, figurent un ancienne guérillera sandiniste, Monica Baltodano et sa soeur, Sofana Arce, selon leur famille.

Deux membres de la délégation de l’opposition, qui participe depuis le 27 février aux pourparlers avec le gouvernement, auraient également été arrêtés.

Des centaines de policiers anti-émeutes avaient été déployés tôt dans la matinée à Managua afin d’empêcher les participants de se joindre à la manifestation, la première organisée par l’opposition depuis octobre, date à laquelle les rassemblements d’opposants ont été interdits par la police.

Elle visait à réclamer la libération de tous les détenus emprisonnés pour avoir participé à des manifestations anti-gouvernementales.

Plus de 600 “prisonniers politiques” sont toujours détenus dans le pays, selon l’opposition qui considère comme “insuffisante” la libération de 150 opposants depuis la reprise du dialogue.

La police avait annoncé vendredi qu’elle n’autoriserait pas cette marche.

Après trois jours de blocage, l’opposition a accepté jeudi de reprendre les négociations avec le gouvernement à la suite de la promesse du pouvoir de libérer des opposants. Seul le représentant des étudiants n’a pas rejoint la table des pourparlers, ces derniers réclamant “des faits”.

Ce dialogue vise à trouver une issue à la crise politique qui secoue le pays depuis près de onze mois et a fait plus de 325 morts, essentiellement dans les rangs de l’opposition.

L’ex-guérillero Daniel Ortega, âgé de 73 ans, est au pouvoir depuis 2007. Il est accusé par ses opposants d’avoir mis en place avec son épouse et vice-présidente Rosario Murillo une dictature corrompue et népotique.