Federer défie l'homme qui ne regarde pas la balle

C’est une curiosité que nous dévoile vendredi matin Julien Reboullet, l’envoyé spécial de L’Equipe dans le désert californien. Robert Hurkacz, la révélation polonaise de ce premier trimestre, ne juge pas utile de regarder la balle au moment de frapper. Cherchez une photo de ce grand gaillard (1,96 m) au tennis séduisant avec les yeux ouverts à l’impact… vous ne la trouverez pas!

«C’est vrai, j’avoue. J’ai probablement toujours joué comme ça, a-t-il admis devant notre confrère. Je sais bien que ça pourrait m’aider, parfois, d’ouvrir les yeux. À l’avenir, c’est peut-être un changement que j’essaierais d’adopter.» Ou pas. Au regard de ce particularisme et de la forme affichée par le Polonais, toute idée de changement paraît en effet très risquée. Car soyons clairs, Robert Hurkacz ne joue pas les yeux fermés. Il ne les ferme que durant une fraction de seconde à un moment, certes décisif, mais où toutes les informations essentielles ont déjà été traitées par le cerveau.

«Chacun son truc, un peu comme pour la respiration: certains soufflent avec les joues pleines, la bouche ouverte, certains le font par le nez, analyse Roger Federer. Ces choses-là ne peuvent s’expliquer, elles sont mises en place dès les années juniors.» Et «Mister 100» de poursuivre: «Alors Hurkacz en fait, c’est un peu l’opposé de moi, qui suis connu pour regarder la balle très longtemps. (…) Du coup, son exemple est difficilement compréhensible pour moi. Mais si ça marche pour lui, à la fin c’est tout ce qui compte.»

Si «Le Maître» a bien raison de relativiser, il cherchera quand même à dérouler tout à l’heure le film de sa supériorité devant les yeux du Polonais. Mais attention, le jeune homme (22 ans) est coriace. Vainqueur de Nishikori à Dubaï puis à Indian Wells, il a également écarté Pouille et Shapovalov dans le désert californien, à chaque fois en trois sets ce qui confirme ses belles qualités physiques. En cas de victoire, Roger Federer pourrait retrouver Rafael Nadal – s’il bat Khachanov – en demi-finale pour un 39e duel de légende (15-23). Un «Classique» que le Bâlois n’a plus perdu depuis l’Open d’Australie 2014, soit cinq succès de rang.

(nxp)