Le gouvernement espagnol poussé vers la sortie

Rendez-vous aux urnes. C’est la fin de la course pour Pedro Sánchez. Sans alliances pour l’appuyer au parlement et privé de budget, son gouvernement a désormais les jours comptés. Il devrait annoncer ce vendredi la convocation prochaine d’élections législatives et la presse espagnole évoque déjà l’hypothèse du 28 avril prochain.

La claque est retentissante pour le chef de file socialiste, mis en minorité mercredi lors du vote clé du budget au parlement. Le texte a été rejeté par 191 voix contre, 158 pour et une abstention, contré par une alliance inédite entre l’opposition de droite et les partis indépendantistes catalans. Les députés catalans (ERC, à gauche, et PDeCAT, à droite), qui avaient appuyé son arrivée au pouvoir, en juin 2018, au moment de la motion de censure contre le conservateur Mariano Rajoy, ont fait cette fois pencher la balance du côté du refus. En dépit de tous les appels des socialistes et de leurs alliés de Podemos, les deux formations ont choisi de dynamiter le budget et de pousser dehors le gouvernement après avoir essayé, en vain, d’arracher des promesses en faveur de leur cause.

Bras de fer en coulisses

Depuis des semaines, les députés catalans maintenaient en effet un bras de fer en coulisses avec l’équipe de Pedro Sánchez. Ils espéraient pouvoir monnayer leur soutien au projet de loi contre la reconnaissance du droit à l’autodétermination et la clémence de la justice durant le procès des douze dirigeants indépendantistes, actuellement jugés devant la Cour suprême pour répondre de leur participation à la tentative de sécession de la région en octobre 2017.

Mais le gouvernement avait annoncé la semaine dernière qu’il se refusait au chantage. Dans la foulée, les partis indépendantistes ont donc donné pour mortes leurs alliances avec les socialistes. Les voix indépendantistes sont ainsi allées ce mercredi à l’opposition, accélérant la sortie de Pedro Sánchez. «Aujourd’hui vous allez voter avec la droite, qui veut interdire les partis indépendantistes», avertissait peu avant le vote la porte-parole des socialistes, Adriana Lastra.

Incertitude

Si la manœuvre des partis catalans pousse le gouvernement Sánchez vers la sortie, elle ouvre surtout une période de grande incertitude pour la Catalogne. Apres la spirale de tensions entre Barcelone et Madrid durant le mandat de Mariano Rajoy, Pedro Sánchez était arrivé au pouvoir avec l’ambition de renouer le dialogue rompu par le défi indépendantiste. Il faisait le pari de la dissension et, dans son entourage, on croyait aux «petits accords qui font les grandes rivières» et on espérait pouvoir «préparer une piste d’atterrissage qui allait permettre à la Catalogne de retrouver sa place au sein de l’Espagne». Mais les indépendantistes ont finalement dédaigné cette offre en posant des exigences maximalistes.

«Ce sont finalement les partisans de la politique du pire, partisans de continuer à défier l’État espagnol, qui ont gagné et c’est une mauvaise nouvelle», commente le politologue Pablo Simón. Car l’alternative à un accord pragmatique avec un gouvernement socialiste à Madrid pourrait bien être le retour de la droite. Les derniers sondages indiquent en effet que les conservateurs du Parti populaire et les libéraux de Ciudadanos seraient en position de gouverner ensemble. À condition de compter avec le soutien de la formation d’extrême droite Vox, qui devrait faire une entrée en force au parlement et s’imposera comme appui indispensable pour les autres formations de droite. S’ils veulent des affrontements, les indépendantistes catalans risquent bien d’être servis.

(TDG)