La diaspora ouïghoure rattrapée par le long bras de Pékin

La diaspora ouïghoure rattrapée par le long bras de Pékin
Des membres de la communauté ouïghoure manifestent au Trocadéro en 2009. Une diaspora tiraillée entre résistance, paranoïa et résignation, notamment en France, où les Ouïghours n’ont pas le statut de réfugié. Gareth Watkins/Reuters

ENQUÊTE – Alors que plus d’un million de ressortissants de cette minorité musulmane seraient détenus dans les camps de «rééducation» du Xinjiang, région ultrafermée à l’extrême ouest de la Chine, Pékin poursuit aussi la diaspora exilée en Europe en faisant pression sur les familles.

Ça a commencé par des appels, jour et nuit. Puis des textos intempestifs, aux allures d’interrogatoires: «Qu’est-ce que tu fais?», «tu connais cette personne?». Enfoncée dans le siège en osier d’une brasserie parisienne, Munire*, 35 ans, rassemble les morceaux de l’histoire de son harcèlement. Pour décourager l’inconnu, la jeune ouïghoure fait «l’anguille» et se cantonne à des réponses évasives avant de filtrer le numéro, qu’elle renomme «espion» dans sa messagerie WhatsApp. Puis, vient l’injonction fatidique: «Coopère, sinon il arrivera des ennuis à tes proches.» Et son père de l’appuyer dans un second SMS confus: «Si tu nous aimes, fais ce qu’il te dit.»

Derrière chaque Ouïghour d’Europe, il y a une famille en Chine. Des parents, des frères, des sœurs restés au Xinjiang, région autonome de l’extrême ouest chinois où leur minorité musulmane subit une répression sans merci menée par Pékin, décidé à «siniser» ce couloir stratégique vers l’Asie centrale. Ce désert fait de …

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