Nildhamrong, deux cultures et un rêve

  • Suchawadee Nildhamrong portera les couleurs de la Thaïlande à France 2019
  • L’attaquante sera confrontée aux États-Unis, son pays natal
  • Elle évoque les défis culturels et ses ambitions professionnelles

Suchawadee Nildhamrong préparait ses derniers examens universitaires lorsque le tirage au sort de la Coupe du Monde Féminine de la FIFA, France 2019™ a eu lieu. “J’étais déjà très stressée”, se souvient-elle. Ses nerfs allaient être mis à plus rude épreuve encore.

Être versé dans le même groupe que les États-Unis, champions du monde en titre est, en soi, intimidant. Mais pour Nildhamrong, rencontrer les Stars and Stripes revêt une signification particulière. Elle suivait le tirage au sort depuis la Californie, l’État où elle est née il y a 21 ans et où elle a vécu toute sa vie…

Motivée et heureuse

L’attaquante thaïlandaise, connue sous le nom de Miranda Nild aux États-Unis, a été submergée par l’émotion à l’issue de la cérémonie. “Je me suis d’abord sentie désemparée”, confie-t-elle. “Mais quand je me suis calmée, j’ai réalisé que j’avais une chance inouïe. Je vais affronter les joueuses que j’admire depuis mon enfance. C’est la sélection américaine qui a fait naître ma passion pour le football et m’a mise sur la voie de ma carrière.”

“Nous allons être confrontées à la meilleure équipe du monde. C’est un énorme défi”, admet-elle. “Mais je me sens d’autant plus motivée et je suis heureuse d’avoir l’opportunité de jouer contre mes idoles. Si on m’avait dit il y a deux ans que je disputerais la Coupe du Monde, je n’y aurais jamais cru.”

Justement, que s’est-il passé ces deux dernières années pour que l’étudiante californienne devienne une internationale thaïlandaise ? “Je suis née aux États-Unis, mais mon père est thaïlandais”, explique Nildhamrong. “Je joue au football depuis longtemps. Quand je suis entrée à l’université, mon oncle a pris contact avec un de ses amis qui travaille auprès de l’équipe nationale thaïlandaise et qui se trouvait en Californie. Nous avons discuté, il a suivi mes entraînements, et il a estimé que j’avais le niveau pour faire un essai. Je me suis envolée pour la Thaïlande deux mois plus tard et ensuite, tout s’est enchaîné.”

Le choix du cœur

“J’allais au temple thaïlandais de Berkeley tous les dimanches quand j’étais petite et j’ai appris à parler le thaï”, raconte-t-elle. “Je me rendais aussi là-bas tous les ans avec ma famille. J’ai donc noué un lien très fort avec ce pays et j’ai été folle de joie lorsqu’on m’a demandé d’intégrer l’équipe. Comme je suis née aux États-Unis, j’aurais peut-être pu jouer pour la sélection américaine si je progressais suffisamment. Mais quand la Thaïlande m’a approchée, je n’ai pas hésité.”

Nildhamrong a marqué contre le Viêt-Nam dès sa deuxième sortie, avant de briller lors des qualifications pour France 2019, en signant un doublé dans la victoire 6-1 sur la Jordanie en Coupe d’Asie de Football Féminin.

Toutes les autres membres de l’équipe sont nées et ont grandi en Thaïlande, et elles évoluent dans des clubs locaux. Nildhamrong a-t-elle rencontré des difficultés, sur et hors du terrain, pour se faire accepter ? “Les conversations ont été compliquées dans un premier temps, parce que je parle un thaï rudimentaire”, admet-elle. “Mais il m’a été facile de communiquer sur le terrain et mes coéquipières se sont montrées très encourageantes. Elles m’ont assuré qu’elles avaient vraiment besoin d’une joueuse comme moi. Mes débuts réussis et mon efficacité devant le but m’ont beaucoup aidée. Si j’avais fait mauvaise figure, je suis sûre que j’aurais eu dix fois plus de mal à m’intégrer. Et mon thaï s’améliore maintenant, du moins d’après mes coéquipières !”

De nouvelles perspectives

Nildhamrong s’exprime avec un pur accent américain au micro de FIFA.com et passe naturellement au thaï pour bavarder avec ses camarades de sélection. Elle envisage de faire carrière dans le football et elle apprécie le métier acquis sur la scène internationale. “C’est une expérience qui m’a permis de grandir en tant que joueuse”, affirme-t-elle. “Elle m’a ouvert de nouvelles perspectives. J’ai conscience de représenter un pays tout entier, et non plus seulement une équipe, et je ne veux décevoir personne.”

“Je viens de terminer ma dernière saison avec mon équipe universitaire des California Golden Bears, et je m’entraîne toute seule pour me préparer à la Coupe du Monde. Après, j’espère devenir professionnelle, mais je n’ai pas de projet précis. Tout dépendra peut-être de mes prestations en France !”, conclut-elle.