Le touriste de l'extrême vaudois devrait être jugé aujourd'hui

Le procès de Jakub, ou Jakob selon son profil sur les réseaux sociaux, devrait se tenir ce lundi en Indonésie. Ce Polonais de 39 ans accusé de liens avec les rebelles indépendantistes papous est établi dans le canton de Vaud. Il a été arrêté à la fin du mois d’août dans la province indonésienne de Papouasie.

Selon le «SonntagsBlick», qui révélait en octobre l’affaire et son rapport avec notre pays, les autorités indonésiennes lui reprochent d’avoir tenté d’organiser un trafic d’armes avec ces séparatistes. Il risquerait une peine de prison pouvant aller jusqu’à 20 ans, pour trahison. Dans un article publié à mi-septembre, le site «Vice» précisait que la police admettrait qu’il n’y a pas eu d’échange d’argent ni de vente. Le procès avait d’abord été annoncé en décembre, puis renvoyé.

«Une injustice»

«Il est victime d’une injustice et a été incarcéré sous des faux prétextes», s’exclamait en octobre dans nos colonnes François de Siebenthal, qui l’a rencontré en Suisse dans le cadre de la campagne pour l’initiative «Monnaie pleine». François de Siebenthal, qui s’était notamment présenté en 2003 à l’élection du Conseil d’État vaudois comme membre du mouvement Appel au peuple, pense que le trentenaire a été piégé.

Jakob, précisait-il, possède un permis B et vit près de Lausanne. Il y ferait des petits travaux, pour gagner de l’argent et repartir en voyage. «Avant son dernier départ, il avait résilié son contrat de location, mais il avait déposé une demande pour un autre appartement. Il a une amie et devait revenir quand il n’aurait plus d’argent. Je pense que cela aurait été prochainement.»

Accointances extrémistes

En Suisse, Jakob a notamment milité pour les initiatives «No Billag» et «Monnaie pleine». La presse a aussi révélé des accointances avec des groupes d’extrême droite. Une photographie datée du 1er août et postée sur les réseaux sociaux depuis Jakarta montre notamment un homme portant un T-shirt «Defend helvetia», avec une carte de la Suisse et un fusil.

Son nom apparaît aussi sur le réseau Couchsurfing. Là, Jakob se dit «ouvert d’esprit mais conservateur, collectionneur d’artefacts et d’impressions». Selon François de Siebenthal, «il avait des amis un peu partout. C’est une personne généreuse et active. Je pense qu’il s’est exprimé en Papouasie en faveur des Papous.»

Une page internet a été créée pour le soutenir. Deux ONG de défense des droits humains en Indonésie, Etan et Tapol, ont appelé en septembre 2018 à la libération de Jakob et d’un étudiant de la région qui a été pris dans cette affaire. Elles présentent Jakob comme un voyageur de l’extrême. «Bien que ses choix aient pu être irresponsables et regrettables, sa situation semble être celle d’un voyageur idéaliste et naïf, et non celle d’un criminel», écrivent-elles avant de relever qu’en 2017, il avait déjà rencontré des militants kurdes en Irak. Se basant sur les propos d’un compagnon de voyage, elles ajoutent qu’il y aurait parmi les photographies utilisées contre lui des clichés pris dans un stand de tir vaudois, un canton où le trentenaire vit depuis 2008.

Depuis sa prison, le Polonais a été en contact avec plusieurs médias. «Le Temps» a mentionné une lettre qu’il lui a envoyée à fin du mois de septembre, où il se plaignait notamment de ses conditions de détention et de la lenteur de l’enquête. Dans le «SonntagsBlick», qui l’a eu au téléphone, il rejetait également les accusations portées contre lui. Il se serait rendu dans cette province pour voir des amis et la région. «Ma seule faute a été de rencontrer des gens qui se sont révélés par la suite des activistes pour l’indépendance», expliquait-il l’automne dernier.

Grève de la faim

Contacté ce lundi matin, François de Siebenthal précise que le procès a déjà été ajourné à trois reprises. «Il n’y a pas de charge sérieuse contre lui et la situation est inadmissible», estime son ami. Il refuserait de manger depuis qu’il a été transféré dans un centre de détention de la police du district de Wamena pour son procès et aurait insisté pour être jugé dans la capitale provinciale Jayapura.

La province indonésienne de Papouasie occupe la moitié d’une île, située à l’est de l’archipel. Dans un rapport publié en juillet 2018, Amnesty International accusait les forces de sécurité indonésiennes d’être impliquées dans les exécutions sommaires d’au moins 95 civils depuis 2010. L’autre partie de l’île est formée par la Papouasie-Nouvelle-Guinée, une ancienne colonie australienne qui a obtenu son indépendance en 1975. (24 heures)