Le procès d'un touriste de l'extrême a commencé

Le procès de Jakub, ou Jakob selon son profil sur les réseaux sociaux, a commencé ce lundi en Indonésie. Ce Polonais de 39 ans établi dans le canton de Vaud a été arrêté à la fin du mois d’août 2018 dans la province indonésienne de Papouasie. Il a été inculpé après des contacts présumés avec des rebelles indépendantistes. Il est aussi accusé d’un complot visant à renverser le gouvernement indonésien et d’avoir rejoint un groupe rebelle, selon l’acte d’accusation prononcé devant le tribunal et relayé par l’agence de presse AFP.

Le procès avait été repoussé à deux reprises. Ce lundi, l’audience a duré une demi-journée. La défense devrait être entendue la semaine prochaine.

Selon l’AFP, le parquet a argué que le Polonais avait rencontré des responsables du Mouvement de la Papouasie libre (OPM), une organisation recouvrant plusieurs groupes indépendantistes, et qu’il a été retrouvé avec des documents et vidéos promouvant la lutte pour l’indépendance de la Papouasie. On reprocherait aussi au Polonais et à son co-accusé d’avoir discuté de la façon de fournir des armes provenant de Pologne aux rebelles. La police avait déclaré précédemment avoir confisqué à Jakub et à trois autres personnes plus de 130 cartouches, mais l’acte d’accusation n’en fait pas mention.

L’accusé à transmis une déclaration aux médias via son équipe de défense lundi. Il estime être victime «d’un procès de propagande» et être accusé «sans preuves». Selon ses avocats, une condamnation pour tous les chefs d’accusations ou pour certains d’entre eux pourraient lui faire passer le rester de sa vie en prison.

En Suisse, l’affaire a été révélée en octobre par le «SonntagsBlick». «Il est victime d’une injustice et a été incarcéré sous des faux prétextes», s’exclamait alors dans nos colonnes François de Siebenthal, qui l’a rencontré en Suisse dans le cadre de la campagne pour l’initiative «Monnaie pleine». François de Siebenthal, qui s’était notamment présenté en 2003 à l’élection du Conseil d’État vaudois comme membre du mouvement Appel au peuple, pense que le trentenaire a été piégé.

Jakob, précisait-il, possède un permis B et vit près de Lausanne. Il y ferait des petits travaux, pour gagner de l’argent et repartir en voyage. «Avant son dernier départ, il avait résilié son contrat de location, mais il avait déposé une demande pour un autre appartement. Il a une amie et devait revenir quand il n’aurait plus d’argent. Je pense que cela aurait été prochainement.»

Accointances extrémistes

Jakob a notamment milité pour les initiatives «No Billag» et «Monnaie pleine». La presse a aussi révélé des accointances avec des groupes d’extrême droite. Une photographie datée du 1er août et postée sur les réseaux sociaux depuis Jakarta montre notamment un homme portant un T-shirt «Defend helvetia», avec une carte de la Suisse et un fusil.

Son nom apparaît aussi sur le réseau Couchsurfing. Là, Jakob se dit «ouvert d’esprit mais conservateur, collectionneur d’artefacts et d’impressions». Selon François de Siebenthal, «il avait des amis un peu partout. C’est une personne généreuse et active. Je pense qu’il s’est exprimé en Papouasie en faveur des Papous.»

Une page internet a été créée pour le soutenir. Deux ONG de défense des droits humains en Indonésie, Etan et Tapol, ont appelé en septembre 2018 à la libération de Jakob et d’un étudiant de la région qui a été pris dans cette affaire. Elles présentaient alors Jakob comme un voyageur de l’extrême. «Bien que ses choix aient pu être irresponsables et regrettables, sa situation semble être celle d’un voyageur idéaliste et naïf, et non celle d’un criminel», écrivaient-elles avant de relever qu’en 2017, il avait déjà rencontré des militants kurdes en Irak. Se basant sur les propos d’un compagnon de voyage, elles ajoutaient qu’il y aurait parmi les photographies utilisées contre lui des clichés pris dans un stand de tir vaudois, un canton où le trentenaire vit depuis 2008.

Depuis sa prison, le Polonais a été en contact avec plusieurs médias. «Le Temps» a mentionné une lettre qu’il lui a envoyée à fin du mois de septembre, où il se plaignait notamment de ses conditions de détention et de la lenteur de l’enquête. Dans le «SonntagsBlick», qui l’a eu au téléphone l’automne dernier, il rejetait également les accusations portées contre lui. Il se serait rendu dans cette province pour voir des amis et la région. «Ma seule faute a été de rencontrer des gens qui se sont révélés par la suite des activistes pour l’indépendance», expliquait-il.

La province indonésienne de Papouasie occupe la moitié d’une île, située à l’est de l’archipel. Dans un rapport publié en juillet 2018, Amnesty International accusait les forces de sécurité indonésiennes d’être impliquées dans les exécutions sommaires d’au moins 95 civils depuis 2010. L’autre partie de l’île est formée par la Papouasie-Nouvelle-Guinée, une ancienne colonie australienne qui a obtenu son indépendance en 1975. (TDG)