Grèce: en sursis, le gouvernement Tsipras défend l'accord de Prespes

Avec notre correspondante à Athènes, Charlotte Stiévenard

Lors d’une conférence organisée à Athènes, le Premier ministre grec est apparu confiant sur scène. Il y a défendu l’accord de Prespes sur le nouveau nom de l’ancienne République yougoslave de Macédoine, qui lui a coûté sa coalition ce dimanche : « Le dilemme, c’était coût politique ou intérêt national. Ce n’était pas un choix facile, mais je vous le dis honnêtement, je me sens complètement fier et légitime. Nous avons choisi la deuxième option. »

Un sujet national sensible en Grèce où se trouve une région homonyme, mais aussi à Skopje où le Parlement a adopté le nouveau nom vendredi dernier, « Macédoine du Nord ». Le Premier ministre Alexis Tsipras a salué la ténacité de son homologue macédonien, Zoran Zaev : « Je veux envoyer un message aux citoyens grecs et spécialement à tous ceux qui ont une pensée saine et libre, quelle que soit leur orientation politique. Comme ils ne sont pas revenus en arrière, nous non plus ne reviendrons pas en arrière. »

En attendant que l’accord de Prespes arrive devant le Parlement grec, le gouvernement doit d’abord passer le test du vote de confiance cette semaine. Objectif : tenir jusqu’aux élections législatives prévues en octobre.

La presse sceptique

Pour la presse d’opposition, cette situation est avant tout la conséquence d’une décision stratégique d’Alexis Tsipras lui-même. Le journal Ta Nea, proche de l’ancien Parti socialiste, parle en Une de « divorce arrangé » et de « petits marchandages entre le Premier ministre et son partenaire de coalition ».

Dans la même veine, le quotidien Eleftheros Typos reprend le discours du parti conservateur d’opposition, la Nouvelle démocratie en estimant qu’il s’agit d’une « rupture mise en scène » entre les partenaires de coalition avec pour objectif des élections anticipées.

Pour Le journal des rédacteurs, à gauche, le départ de Panos Kammenos illustrerait quant à lui un « glissement vers une position extrême nationaliste avec comme prétexte la Macédoine ».

Enfin, le quotidien économique Naftemporiki reste plus sobre et analyse la procédure pour le vote de confiance. Il revient sur le danger pour le gouvernement de se retrouver sans majorité mercredi alors que le parti au pouvoir Syriza ne possède que 145 sièges sur les 151 nécessaires.

Le « plaisir » de se débarasser de Tsipras ?

« Kammenos vient de répondre que lui ne voterait pas la confiance et qu’il chasserait de son parti tous ceux qui éventuellement la voteraient, explique Joëlle Dalègre, historienne et maîtresse de conférences à l’Inalco. Donc il va falloir que Tsipras cherche des voix dans les autres partis. En fait, je suis sûre que dans les autres partis, il y a des gens sincèrement qui ne sont pas contre l’accord sur la Macédoine, mais résisteront-ils au plaisir de se débarrasser de Tsipras ? »

Le président de la Vouli, le Parlement grec, a indiqué que les débats doivent débuter ce lundi.