Au Yémen, regain de tensions après une sanglante attaque de drone

Trois jours après l’attaque aérienne meurtrière perpétrée par les rebelles houthis dans une base loyaliste du sud du pays, les deux camps restent à couteaux tirés.De nouveaux combats sporadiques ont agité, samedi 12 janvier, la ville portuaire stratégique de Hodeida, fragilisant un peu plus le processus politique de pacification initié en décembre dernier par l’ONU.


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Des forces pro-gouvernementales à l’entrée est de la ville d’Hodeida, le 29 décembre 2018.  / Stringer/AFP

L’attaque, spectaculaire, a ouvert la voie à une nouvelle période d’incertitudes au Yémen. Trois jours après le pilonnage d’un drone commandé par les rebelles houthis contre la grande base loyaliste aérienne d’Al-Anad, dans la province de Lahj (sud), où se tenait alors un défilé militaire, le bilan humain de l’offensive ne cesse de s’alourdir.

Dimanche 13 janvier, un important responsable des services de renseignements yéménites, le général de brigade Saleh Tamah, est mort des suites de ses blessures, portant à sept le nombre de décès.

Onze autres personnes, dont plusieurs hauts gradés de l’armée, souffrent toujours de blessures. Parmi eux figurent notamment le chef d’état-major adjoint du pays Saleh Zendani, le commandant de la quatrième zone militaire Fadel Hassan et le gouverneur de la région, Ahmed Abdallah Turki. Peu de temps après cette attaque qui aurait donc pu décapiter toute la tête de l’armée du président Abd Rabbo Mansour Hadi, exilé en Arabie saoudite, l’évolution de la situation demeure incertaine.

« Les habitants du Yémen ne peuvent tenir une année de plus »

Condamnations internationales

Redoutant une nouvelle vague de violences entre les insurgés soutenus par Téhéran et les forces pro-gouvernementales appuyées par la coalition sous commandement de Riyad, les condamnations internationales n’ont pas tardé à se multiplier. « Nous exhortons tous les partis du conflit à exercer de la retenue, et à éviter toute escalade supplémentaire », a en ce sens tweeté avec inquiétude Martin Griffiths, le médiateur de l’ONU pour le Yémen, appelant les belligérants à « créer une atmosphère propice pour maintenir la dynamique positive générée par (…) la reprise du processus de paix yéménite ».

De son côté, Abou Dhabi a choisi de durcir le ton, mettant un peu plus d’huile sur le feu. « Cette attaque dit tout ce que vous devez savoir sur les Houthis », a fulminé sur Twitter son ministre des Affaires Étrangères, Anwar Gargash. Engagés au sein de la coalition internationale, les Émirats Arabes Unis (EAU) ont déployé des troupes au sol. « Les négociations de paix ne sont, [pour les rebelles, NDLR], qu’une tactique, pas un engagement », déplorait-il encore sur le réseau social.

Combats sporadiques

« Cette attaque va à l’encontre de l’esprit du cessez-le-feu de Hodeida et des progrès réalisés en Suède le mois dernier lors des discussions sous l’égide de l’ONU », a encore dénoncé, dans un communiqué, le porte-parole du département d’État américain, Robert Palladino. Mi-décembre, les deux camps belligérants avaient en effet accepté, à la surprise générale, de se rencontrer à Rimbo, près de Stockholm, pour des négociations non-officielles ayant abouti à plusieurs avancées ouvrant la voie à une pacification de la situation.

Au Yémen, les rebelles se retirent du port de Hodeida

Ces consultations avaient notamment permis d’entériner l’entrée en vigueur, le 18 décembre, d’une trêve, très irrégulièrement respectée aujourd’hui encore, dans la ville portuaire hautement stratégique de Hodeida, à l’ouest du pays. Tirs d’artilleries, échanges de coups de feu… De nouveaux heurts, qui se sont rapidement mués en combats sporadiques, y ont éclaté samedi 12 janvier, alors que les belligérants ne cessent de s’accuser mutuellement de violations de la trêve.

De nouveaux pourparlers officiels devraient se tenir dans le pays scandinave fin janvier, ouvrant le fragile espoir d’une résolution à ce bourbier qui dure depuis près de quatre ans et provoque actuellement, selon l’ONU, la « pire crise humanitaire du monde ».

Malo Tresca