Yémen: violents combats de rue à Hodeida rythmés par l'avancée des forces loyalistes

Yémen: violents combats de rue à Hodeida rythmés par l’avancée des forces loyalistes

L’offensive lancée par les forces progouvernementales yéménites pour arracher la ville portuaire de Hodeida aux rebelles se transforme en guerre des rues menaçant la vie de centaines de milliers de civils, pris au piège par une “pluie” d’obus et de raids aériens.

L’Unicef a exhorté une nouvelle fois samedi toutes les parties à arrêter les combats pour épargner les enfants, tandis que l’ONG Save the Children a évoqué le “pire moment à Hodeida”.

Car cette cité située au bord de la mer Rouge et contrôlée par les rebelles Houthis depuis 2014, est le point d’entrée des trois quarts des importations et de l’aide humanitaire internationale dans un pays menacé par la famine.

Elle est la cible depuis juin –avec une interruption des opérations pendant quelques mois pour donner une chance aux efforts du médiateur de l’ONU– d’une offensive des troupes loyalistes avec le soutien militaire d’une coalition dirigée par l’Arabie saoudite. La bataille s’est encore intensifiée depuis le 1er novembre.

Vendredi, les troupes loyalistes, soutenues par l’aviation de la coalition, ont repris aux Houthis l’Hôpital Du 22 Mai, situé dans l’est de Hodeida, selon des responsables militaires. Il s’agit du principal établissement hospitalier de la ville et dispose d’une plateforme pour l’atterrissage d’avions médicalisés.

Toujours dans ce secteur, de violents combats ont opposé au sol samedi les forces progouvernementales aux rebelles près d’une route principale reliant Hodeida à la capitale Sanaa que contrôlent les rebelles Houthis, d’après les mêmes sources.

“Le bruit des hélicoptères Apache, des tirs d’obus et des coups de feu ne s’arrête pas”, a confié à l’AFP Lubna, une habitante préférant taire son nom de famille de peur de représailles.

“Les Houthis ont recours à l’artillerie pour bombarder les troupes (loyalistes) qui progressent. Nous craignons que ces troupes utilisent à leur tour les canons, faisant ainsi payer aux civils le plus fort, comme toujours”, a-t-elle ajouté par téléphone.


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La bataille de Hodeida / &copy AFP / Laurence SAUBADU

Quelque 445.000 personnes ont depuis juin la cité –qui comptait 600.000 habitants–, selon l’ONU.

– “Je vous en supplie” –

Les affrontements prennent désormais la forme de “combats de rue”, a indiqué un responsable des forces loyalistes, qui progressent depuis le sud et l’est vers le port.

Elles se trouvent désormais à environ 3 km du principal bastion rebelle de la ville, appelé 7-Juillet, une zone ultra-sécurisée dans l’est de la ville.

Leur avancée est cependant entravée par les nombreux snipers déployés par les rebelles ainsi que par les mines et les tranchées creusées à travers la ville, selon des sources militaires.

Cette bataille pour le contrôle de Hodeida menace par ailleurs les ravitaillements humanitaires et les aides sur lesquelles comptent des millions de Yéménites pour subsister, mettent en garde des ONG.

Pour le Conseil norvégien pour les réfugiés, “il y a un très fort risque que davantage d’attaques aériennes ou terrestres coupent (…) la dernière voie de ravitaillement en produits alimentaires, essence et médicaments des quelque 20 millions de Yéménites qui dépendent des importations passant par Hodeida”.


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Les forces loyalistes yéménites se rassemblent en périphérie est de la ville de Hodeida, qu’elles veulent reprendre aux rebelles Houthis, le 9 novembre 2018 / &copy AFP / STRINGER

“J’exhorte toutes les parties à arrêter la guerre. Pour sauver les enfants. Donnez-leur une chance de vivre, je vous en supplie”, a écrit sur Twitter la représentante de l’Unicef au Yémen, Meritxell Relano.

Depuis mars 2015, date de l’intervention au Yémen de la coalition sous commandement saoudien, le conflit a fait près de 10.000 morts, dont plus de 2.200 enfants, selon l’ONU.

Les forces loyalistes tentent de chasser les Houthis, soutenus par l’Iran, de vastes régions conquises dans le nord et le centre du pays, dont Sanaa.

– Désengagement de Washington –

Depuis plusieurs mois, la coalition menée par Ryad donnait l’impression d’être dans une impasse militaire, sans compter qu’elle était de plus en plus critiquée par l’administration américaine, elle-même épinglée sur le plan intérieur pour son soutien à Ryad.

Son intervention au Yémen est devenue encore plus controversée après le meurtre du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, imputé à de hauts responsables du royaume et qui a terni l’image de Ryad.

Après des informations vendredi du Washington Post faisant état de la décision américaine de cesser de ravitailler en vol les avions de la coalition –mettant ainsi fin à son soutien le plus concret en trois ans de conflit–, Ryad a tenu à affirmer que cela avait été fait à sa demande, selon l’agence de presse officielle SPA.


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Les forces progouvernementales du Yémen, ici en périphérie de la ville portuaire de Hodeida le 9 novembre 2018, veulent reprendre le contrôle de la cité aux mains des Houthis / &copy AFP / STRINGER

“Récemment, le royaume et la coalition ont accru leur capacité de mener indépendamment le ravitaillement en vol au Yémen”, a-t-elle indiqué. L’information a vite été confirmée par le Pentagone.

Cette décision “n’affectera pas l’opération de libération de Hodeida, (…) qui se poursuivra jusqu’à la capitulation des Houthis”, a assuré à l’AFP un responsabledes forces progouvernementales, le colonel Sadeq Douid.

Mais pour Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres, qui rappelle qu’il s’agissait de l’aide opérationnelle américaine “la plus importante” à la coalition, celle-ci va se retrouver handicapée.

“La coalition dispose, en théorie, de ses propres capacités de ravitaillement, mais le ravitaillement en vol est un exercice exigeant que ni les Saoudiens ni les Emiratis –autre pilier de la coalition– peuvent faire de façon efficace”, selon lui.

Dans ce contexte, la coalition a dit espérer “que les prochaines négociations sous l’égide de l’ONU dans un pays tiers conduiront à un règlement négocié” du conflit, a indiqué SPA.

“Nous sommes tous concentrés sur le soutien à une résolution du conflit, menée par l’envoyé spécial de l’ONU Martin Griffith”, a dit de son côté le secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis.

Par ailleurs, le chef de la diplomatie yéménite Khaled al-Yemani a vivement critiqué la publication par le Washington Post vendredi d’un article d’un leader Houthi, dans lequel ce dernier affirmait que les rebelles étaient “favorables à une paix des braves”.

“Qui peut imaginer voir un criminel de guerre comme Mohammed Ali Al-Houthi simulant un langage de paix” dans le Washington Post, s’est interrogé M. Yemani sur Twitter.

(©AFP / (10 novembre 2018 17h28)