Photovoltaïsme ou photosynthèse : ne plus choisir


Photovoltaïsme ou photosynthèse : ne plus choisir
Sun’R

L’énergéticien français Sun’R met en service à Tressere (66) la première centrale agrivoltaïque dynamique surplombant 4,5 ha de vigne. 3 ha témoins permettront de jauger l’effet de l’ombrage sur les caractéristiques organoleptiques des vins.


Antoine Nogier, président de Sun’R

Maintenir la vocation agricole des terres tout en préservant les cultures des effets du changement climatique et, raisin, tomate ou cerise sous le panneau, en produisant de l’électricité renouvelable. Autrement dit, conduire (la vigne et les panneaux orientables) et produire (du raisin et de l’électricité). Ne plus choisir. Telles sont les vertus de l’agrivoltaïsme, prôné par Sun’R, constructeur et exploitant de centrales photovoltaïques depuis 2007. « Le photovoltaïsme est un des piliers de la transition énergétique mais les défis démographique et alimentaire nous interdisent de sacrifier des terres agricoles », explique Antoine Nogier, président de Sun’R. « Les agriculteurs produisent des calories alimentaires, ils peuvent désormais associer la production de calories énergétiques ». Unique au monde, la centrale d’une puissance de 2,2 MWC produira l’équivalent de la consommation en électricité de 650 foyers tandis que les 26 800 plants de Marselan, Chardonnay et Grenache blanc contribueront à produire les AOC Côtes du Roussillon et vins de pays du Domaine de Nidolères, à Tresserre (Pyrénées-Orientales), sous la férule de Martine et Pierre Escudié, et de leur fils Raphaël, incarnant la 8ème génération à la tête du vignoble de 35 ha.


Au 1er plan, la vigne témoin, à ciel ouvert. Au 2ème plan, la vigne sous les panneaux. Au 3ème plan, le massif du Canigou (2784 m)

Ni conflit d’usage, ni conflit d’intérêt

Conscient des méfaits du changement climatique, c’est le vigneron qui a frappé à la porte de Sun’R en 2009. « Je pressentais que le réchauffement climatique allait faire souffrir la vigne et impacter les caractéristiques de nos vins ». Coups de chaleur, stress hydrique, brulures sur feuilles et grappes, sucre, acidité : les conséquences du réchauffement sont loin d’être neutres pour la vigne et le vin . « Presque 10 ans de R&D auront été nécessaires avant de voir pousser des panneaux au-dessus d’une parcelle de 4,5 ha. Baptisée Sun’Agri, la première étape a consisté à valider, en laboratoire, les bénéfices physiologiques de l’ombrage sur la végétation. Sun’Agri 2 s’est concentré sur le pilotage des trackers, autrement des panneaux photovoltaïques orientables, au gré des besoins de la vigne et de l’ensoleillement, sur des parcelles expérimentales. Sun’Agri 3, correspondant à la centrale de Tresserre, est le premier démonstrateur en conditions réelles d’exploitation. Depuis le départ, l’Inra et l’Irstea sont associés au projet, aux côtés d’Itk, développeur d’outils d’aide à la décision. La Chambre d’agriculture des Pyrénées Orientales l’a rejoint dans son ultime phase de développement et va s’enquérir de ses performances agronomiques et œnologiques dans les années à venir.  « Le respect de la physiologie de la vigne primera toujours sur l’optimisation énergétique de la centrale », souligne non sans véhémence Antoine Nogier. « Notre philosophie est la suivante : ni conflit d’usage s’agissant des terres, ni conflit d’intérêt s’agissant de la photosynthèse et du photovoltaïsme ». Comprendre : le vin d’abord, l’énergie ensuite.


Pierre Escudié, vigneron à Tresserre (Pyrénées-Orientales)

Un investissement rentable

Les capteurs et algorithmes déterminent en continu le degré d’inclinaison des panneaux en lien avec le degré d’ensoleillement et le développement végétatif de la vigne. A plat, les panneaux ne couvrent que 33 % de la surface du sol. Un taux qui pourrait grimper à 45 % dans les projets que Sunr’R pilote dans les domaines du maraichage à Alénya (Pyrénées-Orientales), de l’arboriculture à la Pugère (Bouches-du-Rhône), de la grande culture à Montpellier (Hérault) ou encore à Piolenc (Vaucluse), en viticulture également. L’entreprise escompte mener à bien une dizaine de projets agrivoltaïques dans les 4 à 5 ans à venir. Car c’est évidemment rentable. « La primauté de la photosynthèse sur le photovoltaïsme se traduit par une perte de production énergétique d’environ 10 % », déclare Antoine Nogier. « Les coûts de production de cette énergie ne cessent de baisser. Et comparativement aux panneaux en toitures ou en ombrières de parking, l’agrivoltaïsme est moins coûteux car les infrastructures sont plus légères. L’agrivoltaïsme va se développer et des agriculteurs seront demain porteurs de projet ». A Tresserre, l’investissement, comprenant les travaux de R&D en amont et le monitoring post-installation, s’est établi à 4 millions d’euros. Il a été supporté par l’industriel et ses partenaires, avec le soutien de l’Etat (Fond unique interministériel, Investissements d’avenir). Le vigneron, qui a financé la plantation du vignoble, n’est impliqué ni dans l’investissement ni dans la revente d’électricité.


Photovoltaïsme ou photosynthèse : ne plus choisir

Feu l’ombre des abricotiers

La première récolte est attendue en 2020. La présence contigüe d’une vigne témoin de 3 ha, indemne de panneaux, mais irriguée elle aussi, permettra de jauger l’influence de l’installation et de son pilotage sur les caractéristiques organoleptiques des vins. A noter au passage que les promoteurs du projet créditent la technologie d’une économie d’eau de 30 %, du fait de la limitation de l’évapotranspiration. La parcelle demeure entièrement mécanisable, vendange comprise, à l’exception des rangs où sont plantés les supports des panneaux. Mais le vigneron aurait pu choisir une autre architecture de peuplement, précise Sun’R. « Dans le passé, une pratique consistait à planter des rangées d’abricots entre des rangs de vignes », explique Pierre Escudié. « C’était le moyen d’engranger deux récoltes tout en atténuant les risques de brûlure des raisins par le soleil côté couchant ». Autre siècle, autre contexte.