Avec Favre, le Borussia s'est trouvé un nouveau gourou

Il avait quitté l’Allemagne sur une vraie déception. Limogé du Borussia Möchengladbach en septembre 2015 après un début de saison catastrophique (cinq défaites de rang), Lucien Favre est revenu presque trois ans après, par la grande porte. Désormais sur le banc du Borussia Dortmund, l’entraîneur suisse dirige sans aucun doute le plus grand club de sa carrière. Il s’est notamment servi de ses expériences du passé en Bundesliga mais également de ses concepts mis en place du côté de Nice de 2016 à 2018. Leader du championnat au bout de dix journées avec quatre points d’avance, Favre est parvenu à redonner un style de jeu et une vrai dynamique à un BVB irrégulier la saison dernier et en quête d’un nouvel entraîneur emblématique après Thomas Tuchel et Jürgen Klopp.

Utilisation des côtés, expérience au milieu, Reus en 10…

Avec seulement six points perdus en route jusque-là, le Dortmund version Favre est une machine implacable, qui use ses adversaires et surtout ne mise plus que sur sa jeunesse pour réaliser des résultats et des séries. Avec les arrivées de Thomas Delaney (27 ans) et Axel Wiesel (29 ans), le milieu du Borussia a vu sa moyenne d’âge nettement grandir, avec un joueur habitué à la Bundesliga et un autre aux joutes européennes.

Un équilibre idéal pour l’entraîneur helvète qui mise néanmoins sur une défense centrale très jeune avec Abdou Diallo (22 ans), très performant la saison dernière avec Mayence. L’ancien Monégasque est accompagné de Manuel Akanji (23 ans), qui s’est très bien acclimaté à l’Allemagne depuis son arrivée l’hiver dernier. Favre peut par ailleurs compter sur quelques pépites (Sancho, Larsen, Pulisic) et des historiques du club (Reus, Gotze, Piszczek, Schmelzer). Cerise sur le gâteau : le BVB s’est trouvé un numéro 9 très efficace en la personne de Paco Alcacer, dont l’option d’achat a déjà été levée.

À propos de l’utilisation de Marco Reus, le technicien helvète lui accorde une certaine liberté en le plaçant en numéro 10. Un nouveau poste pour l’ailier de formation déjà auteur de neuf buts et de sept passes décisives toutes compétitions confondues cette saison. Adepte du 4-2-3-1, Lucien Favre mise énormément sur les côtés et l’apport des latéraux. Le jeu de Dortmund s’en ressent puisque les origines des buts proviennent peu de l’axe. Kicker note par ailleurs l’omniprésence de l’entraîneur de 61 ans dans la prise de décision de ses joueurs. “Favre est soucieux des détails et parle beaucoup aux joueurs. Il regarde par exemple quel pied et quelle direction choisissent ses hommes lors de leur premier contact avec le ballon.” Une science du détail qu’il appréciait grandement à Nice.

Une revanche à prendre

Ces bonnes dispositions ont ouvert la voie à un début de saison réussi en championnat avec également une claque infligée à l’Atlético Madrid (4-0) en Ligue des champions et une qualification quasiment assurée pour les 8e de finale. Néanmoins ces trois premiers mois convaincants n’avaient rien d’évident à la base. Si en France, Favre est unanimement respecté, de l’autre côté du Rhin, ses fins d’aventure au Hertha Berlin et à Mönchengladbach avaient laissé les observateurs sur leur faim. Niklas Koenig, rédacteur en chef de Goal Allemagne, était dans leur camp.

“Lucien Favre est connu en Allemagne comme un immense expert du football, mais aussi comme une personne difficile. Il est nécessaire de connaître ses adieux au Hertha et à Mönchengladbach. Ils ont été assez compliqués et Favre avait été alors très critiqué.” Ce sentiment d’inachevé n’a pas entamé le nouveau crédit accordé à Favre après sa pige bénéfique sur la Côte d’Azur. “Oui les doutes ont été assez vite levés, confirme Niklas Koenig. Dortmund retrouve son meilleur football après plusieurs années frustrantes. Ils parviennent offensivement à être à la fois rapides et puissants tout en assez bons en défense.”

Grâce à ses idées et ses principes, le natif de Saint-Barthélemy a refait du Borussia l’une des équipes les plus plaisantes à voir jouer en Allemagne et en Europe. Spectateur attentif de cette évolution, Mats Hummels a avoué être conquis par le style Favre et n’a pas hésité à faire la comparaison avec son ancien entraîneur, Jürgen Klopp. “J’ai parlé à beaucoup de gens à propos de ce sujet, a indiqué le joueur du Bayern dans un entretien à ‘Bild’. Cela rappelle les débuts de Klopp, tel qu’il se présente actuellement. Cela passe aussi par l’ambiance dans le club. Cela n’arrivera pas à tout le monde, mais au moins, c’est amusant de regarder à nouveau Dortmund, bien que beaucoup de joueurs soient nouveaux. Les supporters transformeront le stade en chaudron, vous pouvez en être sûr.” Un état d’esprit salué par l’international allemand qui perçoit bien le nouvel élan amené par l’ancien coach des Aiglons.