Macron veut une «vraie armée européenne» malgré les blocages politiques

Force de l'Union européenne (EUFOR)

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AP Photo / Amel Emric

Le vieux continent a besoin d’une «vraie armée européenne». C’est le constat qu’a fait Emmanuel Macron le 6 novembre dernier dans une interview diffusée sur Europe 1, faisant ressurgir un projet vieux de plus d’un demi-siècle mais qui bloque au niveau politique. Décryptage.

Emmanuel Macron s’est déclaré favorable à la création d’une «vraie armée européenne» dans une interview que la radio Europe 1 a diffusé le 6 novembre dernier. Et ce projet d’armée européenne a, sans surprise, pour but de contenir la Russie, qui aurait, d’après Emmanuel Macron, «montré qu’elle pouvait être menaçante». Interrogé par Sputnik, un ancien officier de l’armée de l’air explique sous couvert d’anonymat qu’une force européenne n’aurait pas de sens tant qu’il n’y aurait pas, au sein des 27 Etats membres, la volonté politique de doter l’UE d’une armée.

«D’un point de vue administratif, juridique et financier, l’Union européenne a les moyens de mobiliser une armée de 60 000 hommes dans un temps relativement court, mais sur le plan politique, il y a une vraie paralysie».

Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les pays de l’Union européenne sont divisés sur la question. Actuellement, la défense européenne est assurée par l’alliance atlantique et si Emmanuel Macron a appelé à se défendre «sans dépendre seulement des Etats-Unis et de manière plus souveraine», plusieurs pays, à l’instar de la Pologne ou des Pays-Bas, ne souhaitent pas remettre en cause le rôle de Washington dans l’architecture militaire du continent.

Et même si l’on arrivait à dépasser l’obstacle américain et que l’on arrivait à créer une véritable armée européenne, les divergences de points de vue et d’intérêts entre les Etats membres rendraient hautement improbable une quelconque intervention. C’est ce qu’affirme l’ancien militaire s’exprimant en off:

«Il faudrait modifier la règle de l’unanimité pour avoir une force européenne capable de se déployer et d’agir rapidement.»

Cette règle de l’unanimité est, selon l’ancien officier, source de blocage politique et d’immobilisme, encore plus lorsque les intérêts nationaux, parfois contradictoires au sein même de l’UE, sont en jeu comme c’est le cas dans le domaine militaire. Il nuance néanmoins son propos en ajoutant que

«Si on veut mobiliser 60 000 hommes pour défendre des intérêts, c’est évidemment très difficile de dépasser les blocages politiques, si c’est pour intervenir dans le cadre d’un mandat de l’Onu, c’est déjà plus probable.»

Et aux Nations unies, la France sera le seul pays membre de l’UE à disposer du droit de véto une fois le divorce entre Bruxelles et Londres consommé, ce qui permettrait de facto à Paris de bloquer toute intervention militaire de la «vraie armée européenne» qu’elle jugerait indésirable.