La grève de 1918 en débats

Du 12 au 14 novembre 1918, la Suisse connut une grève générale. Un événement qui ébranla durablement l’ordre social et politique. Il s’agit de la première grève générale organisée au niveau national, sans égale jusqu’à la grève des femmes de 1991. Quelque 250 000 travailleuses et travailleurs suivirent le mot d’ordre du comité d’Olten, fondé par le Parti socialiste et l’Union syndicale suisse pour répondre à la volonté du Conseil fédéral d’introduire un service de travail obligatoire.

Un siècle plus tard, le temps est à la commémoration. Une série de publications ont été éditées pour l’occasion. A commencer par le dernier numéro – bilingue – des Cahiers de l’Association pour l’étude de l’histoire du mouvement ouvrier (AHEMO)1Cahier AEHMO-Traverse, hors-série. «La grève générale de 1918. Crises, Conflits, Controverses / Krisen, Konflikte, Kontroversen», Editions d’en bas & Chronos, 2018, 328 p., coédité avec la revue Traverse des éditions Chronos. Le fruit d’un colloque organisé l’an passé à Berne par l’Union syndicale suisse qui anime d’ailleurs un site internet très fourni à ce sujet.

Moins académique, le Syndicat des services publics (SSP) a édité un dossier pédagogique à destination du corps enseignant. Un ouvrage2«La Grève générale de 1918 – Matériaux pour l’Enseignement» Dominique Dirlewanger, enseignant d’histoire. Contributions: Hans Ulrich Jost, historien et professeur et Julien Wicki, enseignant d’histoire. Voir www.ssp-vpod.ch/enseigner1918. qui peut être commandé gratuitement par les professeurs et accompagné d’un site web très documenté avec des photos, images et reproductions de tracts de l’époque.

S’inspirer du passé

L’occasion aussi pour le mouvement ouvrier d’organiser un certains nombre de colloques et autres tables rondes. Ce vendredi, à Genève, le Collège du travail et la Communauté genevoise d’action syndicale (CGAS) organisent une soirée3De 18h30 à 22h30 à la salle du Faubourg, Rue des Terreaux-du-Temple 8, Genève. avec l’intervention d’un historien, Pierre Eichenberger, de l’université de Zurich, qui évoquera le processus menant de la confrontation à la paix du travail. Elle sera suivie d’une table ronde portant sur la période contemporaine: les grèves et les luttes collectives aujourd’hui, avec des participantes de la grève des femmes de 1991, de la fonction publique, des TPG, des maçons, de Merck Serono et d’Uber. «En Suisse romande, la grève générale a été plus modeste et a peut-être moins marqué les esprits. Surtout, il nous paraissait plus important de parler des luttes sociales actuelles, à la lumière de cette expérience du passé», résume Georges Tissot, ancien syndicaliste du SIT (Syndicat interprofessionnel de travailleuses et de travailleurs).

Comme le retrace un troisième ouvrage collectif tout frais sorti de presse4Jean-Claude Rennwald et Adrian Zimmermann (dirigé par), La Grève générale de 1918 en Suisse. Histoire et Repercussions, Neuchâtel, éditions Alphil, 2018, 158 pages., s’il fut moins marqué en Suisse romande, le débrayage eut tout de même une certaine ampleur: entre 8000 et 10 000 grévistes au terme de la première journée à Genève, par exemple. Mercredi prochain à Yverdon, une table ronde5Mercredi 14 novembre, table ronde, repas et films: «De 1918 à nos jours, la Suisse terre de Grève?» au Tempo, Quai de la Thièle 3, Yverdon, dès 18h. réunira des auteurs du livre ainsi que plusieurs grévistes.

Exposition à Bienne

Une exposition au Nouveau musée de Bienne (visible jusqu’à fin décembre) inscrit cet événement dans ses dimensions régionales et internationales. Cette exposition thématise le contexte de l’époque au sein d’une Suisse certes neutre mais pas isolée du conflit européen. En effet, la production de munitions dans l’industrie horlogère, les idées pacifistes et révolutionnaires et la grippe espagnole ne s’arrêtaient pas aux frontières, rappellent les auteurs de ­l’exposition.
Enfin, le 28 novembre, l’Union syndicale vaudoise propose une soirée de conférences et de témoignages autour des grèves en Suisse et dans la région vaudoise en particulier6«La lutte continue! 1918-2018, grèves d’hier et d’aujourd’hui», 28 novembre, dès 19h, Pôle Sud, centre socioculturel de l’Union Syndicale Vaudoise, Av. Jean-Jaques Mercier 3, 1003 Lausanne.

Notes   [ + ]

1. Cahier AEHMO-Traverse, hors-série. «La grève générale de 1918. Crises, Conflits, Controverses / Krisen, Konflikte, Kontroversen», Editions d’en bas & Chronos, 2018, 328 p.
2. «La Grève générale de 1918 – Matériaux pour l’Enseignement» Dominique Dirlewanger, enseignant d’histoire. Contributions: Hans Ulrich Jost, historien et professeur et Julien Wicki, enseignant d’histoire. Voir www.ssp-vpod.ch/enseigner1918.
3. De 18h30 à 22h30 à la salle du Faubourg, Rue des Terreaux-du-Temple 8, Genève.
4. Jean-Claude Rennwald et Adrian Zimmermann (dirigé par), La Grève générale de 1918 en Suisse. Histoire et Repercussions, Neuchâtel, éditions Alphil, 2018, 158 pages.
5. Mercredi 14 novembre, table ronde, repas et films: «De 1918 à nos jours, la Suisse terre de Grève?» au Tempo, Quai de la Thièle 3, Yverdon, dès 18h.
6. «La lutte continue! 1918-2018, grèves d’hier et d’aujourd’hui», 28 novembre, dès 19h, Pôle Sud, centre socioculturel de l’Union Syndicale Vaudoise, Av. Jean-Jaques Mercier 3, 1003 Lausanne